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	<title>Archives des Par défaut - Antipolis</title>
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	<item>
		<title>La faiblesse des engagements de la COP28 implique la poursuite du réchauffement au-delà de 1,5°C</title>
		<link>https://antipolis.info/la-faiblesse-des-engagements-de-la-cop28/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claudio Brenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Jan 2024 14:45:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Par défaut]]></category>
		<category><![CDATA[réchauffement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[TINA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En clôturant la 28e Conférence des parties (COP) à Dubaï le 13 décembre, son président, Sultan Al-Jaber, s’est félicité d’« un plan d’action solide pour maintenir l’objectif [de limitation du réchauffement climatique] de 1,5 °C à portée de main », ajoutant qu’il s’appuyait « sur la science ». Mais cet optimisme affiché est-il vraiment cohérent [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En clôturant la 28e Conférence des parties (COP) à Dubaï le 13 décembre, son président, Sultan Al-Jaber, s’est félicité d’« un plan d’action solide pour maintenir l’objectif [de limitation du réchauffement climatique] de 1,5 °C à portée de main », ajoutant qu’il s’appuyait « sur la science ». Mais cet optimisme affiché est-il vraiment cohérent avec le contenu des décisions finales et leurs implications ?</p>
<p>Accueillie par un pays [les Emirats arabes unis] classé au sixième rang des exportateurs mondiaux de pétrole brut, cette COP a mis en lumière les conflits d’intérêts associés aux énergies fossiles et leur rôle déterminant sur le réchauffement planétaire : elles sont responsables de 90 % des émissions mondiales de CO2 et d’un tiers de celles de méthane.</p>
<blockquote>
<p class="quote">« [&#8230; ] le décalage entre l’objectif affiché de « maintenir l’objectif de 1,5 °C à portée de main » et la faiblesse des engagements concrets mis sur la table témoigne d’une incohérence majeure. »</p>
</blockquote>
<p>Le bilan mondial [le Global Stocktake qui établit les avancées accomplies depuis de l’accord de Paris] établi à Dubaï souligne la gravité de la situation. Le rythme du réchauffement dû à l’influence humaine s’est intensifié au cours de la dernière décennie – <a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/12/07/2023-annee-la-plus-chaude-jamais-observee_6204388_3244.html"><span style="text-decoration: underline;">l’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée</span> </a> – et ce alors que les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de croître. Au vu des éléments scientifiques et des rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il faudrait une très forte baisse des émissions de gaz à effet de serre entre 2019 et 2030 (- 43 %) et des émissions mondiales de CO2 réduites à zéro vers 2050 pour limiter le réchauffement à près de 1,5 °C.</p>
<p>Face à ces réalités, le décalage entre l’objectif affiché de « maintenir l’objectif de 1,5 °C à portée de main » et la faiblesse des engagements concrets mis sur la table témoigne d’une incohérence majeure. Les engagements des différents pays pris avant la COP permettraient, d’ici à 2030, une timide diminution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, de l’ordre de 2 à 5 %, nous menant à la fin du siècle à un réchauffement global estimé de 2,1 °C à 2,8 °C.</p>
<p>La mise en œuvre des engagements additionnels de la COP28 que sont le triplement des énergies renouvelables et le doublement du rythme d’amélioration de l’efficacité énergétique pourraient encore davantage réduire les émissions mondiales, de l’ordre de 10 %, d’ici à 2030, rendant possible de limiter le réchauffement sous 2 °C, mais loin de 1,5 °C. Nous sommes encore très loin du « plan d’action solide » annoncé par le président de la COP28.</p>
<h2>Des conséquences immédiates</h2>
<p>Si ce bilan mondial aborde enfin, pour la première fois explicitement, la « transition vers l’abandon » des énergies fossiles dans une logique indispensable d’équité et de justice, il ne formule aucun objectif chiffré à l’horizon 2030, ni pour les émissions de CO2 ni pour celles de méthane.</p>
<p>Au contraire, le texte comporte plusieurs failles : il ne définit pas précisément les termes « bas carbone » et « abattement », promeut les combustibles (fossiles) « de transition » sans référence à leur effet net sur les émissions, et met sur le même plan la capture et le stockage de carbone d’un côté et l’élimination du CO2 atmosphérique de l’autre, sans mention de leurs limites, coûts et risques.</p>
<p>La faiblesse de ces engagements implique la poursuite du réchauffement planétaire au-delà de 1,5 °C d’ici une décennie, avec des conséquences immédiates, à l’instar de l’intensification d’évènements extrêmes et la dégradation d’écosystèmes, et de long terme comme les dégâts engendrés par une montée accélérée du niveau de la mer. Or le texte final de la COP28 passe sous silence ces implications de long terme. Les enjeux de préservation des écosystèmes et de la biodiversité sont explicitement mentionnés, mais sans référence aux impacts attendus à mesure de chaque incrément de réchauffement à venir.</p>
<p>En outre, d’autres aspects sont clairement insuffisants. Alors que le système alimentaire représente près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre, ce premier bilan mondial ne l’aborde que sous l’angle de l’adaptation. Le texte final introduit le terme vague de production agricole « régénérative », sans définition.</p>
<p>De même, si le nouveau cadre pour la résilience adopté à Dubaï fixe à première vue des objectifs ambitieux pour les stratégies nationales d’adaptation d’ici à 2030, sa mise en œuvre dépendra des financements à venir. Le réchauffement induit par la poursuite des émissions de gaz à effet de serre entraînera des besoins lourds d’adaptation, et des risques croissants de pertes et dommages.</p>
<h2>Greenwashing</h2>
<p>Le fonds sur les pertes et les préjudices mis en œuvre pour y faire face, qui répond à une attente de long terme des pays les plus vulnérables, n’est abondé qu’à hauteur d’environ 700 millions de dollars (629,48 millions d’euros), soit le salaire des trois footballeurs les mieux payés au monde. Or les coûts anticipés en 2030 dépassent largement 100 milliards de dollars par an. Les Etats-Unis, premiers responsables du réchauffement climatique à ce jour, n’ont promis que 17,5 millions de dollars.</p>
<p>La COP28 n’a toujours pas abouti à un accord sur les règles de l’accord de Paris encadrant les échanges de « crédits carbone ». Rappelons que ces échanges permettent à des pays comme la Suisse, Singapour ou les Emirats arabes unis de bénéficier de la réduction des émissions dans d’autres pays par le biais d’accords bilatéraux. Des entreprises désireuses d’améliorer leur image peuvent par ailleurs toujours acheter des crédits carbone plutôt que de réduire effectivement les émissions de leurs activités.</p>
<p>Il serait pertinent de remplacer ces approches, qui posent des problèmes de crédibilité et de greenwashing [une stratégie de communication qui utilise des arguments écologiques trompeurs] par de nouveaux mécanismes plus explicites et responsables, associant à chaque tonne de gaz à effet de serre émise un financement des pertes et dommages.</p>
<p>En 1990, le GIEC avait mis en œuvre un groupe de travail sur les méthodologies d’inventaire des émissions. Aujourd’hui, il est nécessaire d’en créer un nouveau sur les méthodologies de suivi de leurs impacts, et sur l’évaluation de l’efficacité de l’adaptation et du coût des pertes et dommages dans tous les pays. Les deux prochaines années seront décisives. Chaque pays devra décrire d’ici à<br />
2025 les actions qu’il prévoit de mettre en œuvre jusqu’en 2035 dans le cadre des « contributions déterminées au niveau national ».</p>
<p>Pour que les engagements pris à la COP28 deviennent tangibles, il est essentiel que ces révisions soient précises quant aux objectifs chiffrés de production et de consommation de pétrole, charbon et gaz pour chaque pays, et au recours aux technologies de capture et stockage. Il reste donc beaucoup à faire pour parvenir à un « plan d’action solide, sous l’égide de la science » d’ici à 2030.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>A propos des autrices</strong> :</p>
<p><strong>Valérie Masson-Delmotte</strong> est paléoclimatologue, directrice de recherche au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives et à l’Institut Pierre Simon Laplace, à Paris Saclay. Elle a coprésidé le groupe 1 du GIEC de 2015 à 2023.</p>
<p><strong>Sonia Seneviratne</strong> est climatologue, professeure à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, à l’Institut des sciences atmosphériques et climatiques. Elle est vice-présidente du groupe 1 du GIEC pour la période 2023-2030.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;État français a dû inventer un gourou</title>
		<link>https://antipolis.info/letat-francais-a-du-inventer-un-gourou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alex]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Jul 2023 09:02:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Par défaut]]></category>
		<category><![CDATA[capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[changement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[propagande]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Honnêtement, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, ou les deux en même temps. Il apparaît qu&#8217;au milieu d&#8217;une vague de répression instiguée par l’État français à l&#8217;encontre des militants écologistes (qui s&#8217;inscrit dans une escalade autoritaire beaucoup plus vaste menée par le président Macron et ses alliés), mon livre Comment saboter [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Honnêtement, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, ou les deux en même temps.</p>
<p>Il apparaît qu&rsquo;au milieu d&rsquo;une vague de répression instiguée par l’État français à l&rsquo;encontre des militants écologistes (qui s&rsquo;inscrit dans une escalade autoritaire beaucoup plus vaste menée par le président Macron et ses alliés), mon livre <em>Comment saboter un pipeline</em> (La Fabrique, 2020) a été cité dans un <a href="https://twitter.com/GDarmanin/status/1671450289298198528?s=20" target="_blank" rel="noopener">décret de dissolution</a> : il serait à l&rsquo;origine de tous les « désordres » attribués aux luttes environnementales dans la période récente.</p>
<p>Le gouvernement français veut dissoudre <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/04/21/les-soulevements-de-la-terre-aux-racines-ideologiques-du-mouvement_6170425_3232.html">Les Soulèvements de la Terre</a>, qui ont joué un rôle déterminant dans plusieurs des grandes mobilisations écologistes ces dernières années, et tout dernièrement contre le projet insensé et funeste de mégabassines à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), dans l&rsquo;Ouest de la France. Pour donner l&rsquo;impression que ce réseau militant est en réalité un groupement de dangereux terroristes, l’État français a dû inventer un gourou, un maître à penser qui aurait par avance théorisé leur passage à l&rsquo;acte. De façon flatteuse mais grotesque, il semblerait que le pouvoir ait jeté son dévolu sur un universitaire suédois qui, contrairement à <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2023/06/10/etats-unis-theodore-kaczynski-dit-unabomber-est-mort-en-prison_6177078_3210.html">Ted Kaczynski</a>, ne vit pas dans une cabane isolée pour fabriquer des bombes artisanales. Voilà qui manque cruellement d&rsquo;imagination&#8230;</p>
<h2>Tactique plus ambitieuse</h2>
<p>Tout observateur raisonnable pourra juger combien cette démarche est maladroite et grossière. Tout d&rsquo;abord, mon livre a été publié en France il y a trois ans. Il a été traduit en dix langues et a récemment inspiré un thriller hollywoodien (<em>Sabotage</em>, par Daniel Goldhaber). Je suis venu à plusieurs reprises discuter du livre en France autour d&rsquo;évènements de lancement, d&rsquo;interviews, etc. Durant cette période, ni moi ni mon éditeur n&rsquo;avons été soupçonnés ou accusés de quoi que ce soit d&rsquo;illégal. Si le livre était si provocateur et dangereux que le décret le laisse entendre, les services de police auraient donc mis trois ans pour le lire et assimiler ses quelque 200 pages (en petit format)?</p>
<p>Par ailleurs, si je respecte et admire Les Soulèvements de la Terre &#8211; comme je respecte, par exemple, les militants allemands <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2023/06/10/etats-unis-theodore-kaczynski-dit-unabomber-est-mort-en-prison_6177078_3210.html">d&rsquo;Ende Gelände</a> -, nous ne sommes pas particulièrement liés et nous ne sommes mêmes pas d&rsquo;accord sur de nombreux points d&rsquo;analyse ou de perspectives. Ces camarades seraient les premiers à dire qu&rsquo;ils rejettent mon orientation trotskiste <em>old school</em>, mon étatisme, mon hostilité à l&rsquo;anarchisme, et ainsi de suite. L&rsquo;idée que mon livre serait une bible pour eux est donc, pour être très honnête, une ânerie et une marque de mépris.</p>
<p><em>Comment saboter un pipeline</em> est une contribution à un débat plus large au sein du mouvement écologiste, qui a été amené à se poser des questions difficiles sur ce qu&rsquo;il est urgent de faire dans une situation où les effets du changement climatique s&rsquo;intensifient et s&rsquo;accélèrent, mais où les États hégémoniques sont déterminés à agir de façon minimale ou à ne pas agir du tout. Je fais valoir que tous les mouvements ayant provoqué des changements sociaux de grande ampleur &#8211; des suffragettes et des anticoloniaux jusqu&rsquo;au mouvement des droits civiques dans les années 1960 et au-delà &#8211; ont, dans certaines circonstances, eu à mettre en place des tactiques plus ambitieuses, et que cela a souvent été couronné de succès.</p>
<h2>« Désarmé » le capitalisme fossile</h2>
<p>Mon propos est simplement d&rsquo;ouvrir un débat exigeant sur la légitimité d&rsquo;actions de désobéissance, notamment sur des sites-clés de l&rsquo;infrastructure et de la logistique du capitalisme fossile. Et soyons clairs ici, je parle de propriété, d&rsquo;objets matériels, pas de personnes &#8211; je n&rsquo;ai jamais prôné la violence contre des individus ou des groupes. On peut rejeter ou critiquer les raisonnements du livre, mais il est proprement stupéfiant que ces propositions relativement modestes soient maintenant qualifiées de « terrorisme intellectuel » ou « d&rsquo;actions extrêmes allant jusqu&rsquo;à la confrontation avec les forces de l&rsquo;ordre » par le ministre français de l&rsquo;intérieur, Gérald Darmanin.</p>
<p>En réalité, le livre n&rsquo;est pas très original : il existe aujourd&rsquo;hui de très nombreux ouvrages qui analysent les catastrophes à venir liées au changement climatique et au désastre écologique. Dans ce contexte, je suis loin d&rsquo;être le seul auteur à soutenir que nous devons désactiver rapidement et de manière décisive l&rsquo;infrastructure des combustibles fossiles. Mais il est vrai que <em>Comment saboter un pipeline</em> met en évidence quelque chose qui glace le sang des tenants de l&rsquo;ordre existant : s&rsquo;ils entendent laisser intact le système en place, il y a toutes les raisons d&rsquo;imaginer que les mouvements de masse prendront eux-mêmes en charge le « désarmement » du capitalisme fossile &#8211; ce qui n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un geste d&rsquo;autopréservation de grande ampleur.</p>
<p>Le capitalisme fossile nous conduit à toute vitesse vers le précipice. Quelqu&rsquo;un doit tirer le frein d&rsquo;urgence. Si les gouvernements ne le font pas, le reste d&rsquo;entre nous le fera.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>A propos d&rsquo;Andreas Malm</strong> :</p>
<p>Andreas Malm est Maître de conférence en géographie à la Lund University (Suède). Il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages, dont <em>L&rsquo;Anthropocène contre l&rsquo;histoire</em> (2017), <em>Comment saboter un pipeline</em> (2020), <em>La Chauve-Souris et le Capital</em> (2020), <em>Fascisme fossile</em> (avec le Zekin Collective,  2020) et <em>Avis de tempête</em> (à paraître), tous parus aux éditions La Fabrique.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Les vases communicants entre Monsanto et l&#8217;administration</title>
		<link>https://antipolis.info/les-vases-communicants-monsanto/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claudio Brenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Mar 2022 15:36:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article]]></category>
		<category><![CDATA[Par défaut]]></category>
		<category><![CDATA[biodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;évolution des manipulations génétiques, du laboratoire au marché, a certes été rapide : à peine une décennie. Cependant le gouvernement des Etats-Unis, qui en était conscient, a délibérément omis de légiférer. Tandis que le génie génétique franchissait les barrières naturelles entre espèces, accélérant les processus de mutation des plantes et des animaux, l’industrie agroalimentaire s’est [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://antipolis.info/les-vases-communicants-monsanto/">Les vases communicants entre Monsanto et l&rsquo;administration</a> est apparu en premier sur <a href="https://antipolis.info">Antipolis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;évolution des manipulations génétiques, du laboratoire au marché, a certes été rapide : à peine une décennie. Cependant le gouvernement des Etats-Unis, qui en était conscient, a délibérément omis de légiférer.</p>
<p>Tandis que le génie génétique franchissait les barrières naturelles entre espèces, accélérant les processus de mutation des plantes et des animaux, l’industrie agroalimentaire s’est rendu compte que d’ennuyeux règlements risquaient de freiner le rythme des nouvelles découvertes et donc leur rentabilisation commerciale. Le gouvernement américain s’est laissé convaincre par la cause industrielle. Au lieu de fonder sur le principe de précaution des règles strictes protégeant la santé et l’environnement, il a bricolé un système à partir des méthodes de calcul de risques propres à l’industrie, et ne reposant que sur sa bonne volonté. En pleine bagarre économique avec le Japon pour la suprématie sur les techniques de pointe, les législateurs virent dans le génie génétique un moyen de conserver aux Etats-Unis leur suprématie mondiale en matière agricole. <span class="caps">L’E</span>tat fédéral n’allait pas passer des lois risquant de désavantager Washington sur le marché à venir des biotechnologies.</p>
<p>Les premières recommandations sur les recherches en génie génétique furent élaborées en 1976<sup class="footnote">1</sup> par les Instituts nationaux de la santé (National Insitute of Health, <span class="caps">NIH</span>), organisme purement consultatif, sans pouvoir de décision. Dès le début, les <span class="caps">NIH</span> s’alignèrent sur les règles coutumières de la communauté scientifique et de l’industrie, créant un précédent qui restera le modèle. A mesure de l’engagement des sociétés dans le génie génétique, les <span class="caps">NIH</span> émirent des recommandations sur les essais en champ, ou sur la production en masse d’organismes génétiquement modifiés (<span class="caps">OGM</span>). De 1977 à 1978, seize projets de lois sur le génie biomoléculaire ont été soumis au Congrès : tous rejetés. Les recommandations des <span class="caps">NIH</span>, établies pour la recherche médicale et pharmaceutique, sans principe de précaution, restèrent en ce domaine les seuls mécanismes de régulation pour les recherches en biotechnologie.</p>
<p>Au début des années 80, l’industrie agroalimentaire travaillait sur des plantes, des médicaments vétérinaires et des animaux transgéniques, en l’absence de toute règle sur leur mise au point, leur vente ou leur utilisation<sup class="footnote">2</sup>.</p>
<blockquote>
<p class="quote">Cette “déréglementation”, chère aux présidents Reagan et Bush, a enfanté les “règles” actuelles sur les <span class="caps">OGM</span>, y compris dans les aliments.</p>
</blockquote>
<p>La priorité du gouvernement concernait d’abord les bénéfices industriels et ensuite la sécurité publique. Des autorités comme les ministères du Budget, de l’Intérieur et du Commerce, ou le Bureau de politique scientifique et technique de la Maison-Blanche, avaient à coeur de ne pas entraver l’essor du génie génétique, et de ne pas envoyer de “mauvais signes” à Wall Street<sup class="footnote">3</sup>. Sous George Bush, le Conseil de la concurrence présidé par le vice-président Dan Quayle, partageait l’opposition de la bio-industrie à une réglementation rigoureuse ou à une surveillance étroite par les agences fédérales<sup class="footnote">4</sup>.</p>
<p>Le résultat : une loi cadre sur les biotechnologies en 1986<sup class="footnote">5</sup>. Sa philosophie inspirée par les sociétés voit dans les manipulations génétiques un élargissement de la sélection végétale et animale classique et dans les <span class="caps">OGM</span>, rien de différent, fondamentalement, des organismes naturels<sup class="footnote">6</sup>. Le gouvernement, décidant que les agences fédérales existantes sauront réglementer les produits transgéniques, les leur confie selon leurs attributions, qui se chevauchent<sup class="footnote">7</sup>. Ainsi, la <span class="caps">FDA</span> (Food and Drug Admininistration) aurait autorité sur les <span class="caps">OGM</span> dans l’alimentation et la pharmacie, le ministère de l’Agriculture, sur le génie génétique appliqué aux cultures et au bétail, l’<span class="caps">EPA</span> (Agence de protection de l’environnement) sur les organismes transgéniques lâchés dans la nature pour contrôler les parasites, et les <span class="caps">NIH</span> sur ceux qui affectent la santé publique. Ce faisant, l’administration s’épargnait l’élaboration de lois fédérales sévères, ou la création d’une agence spécialisée.</p>
<blockquote>
<p class="quote">Bilan de cette politique : des gouffres d’incompréhension entre agences, de nombreuses lacunes réglementaires et une confusion générale sur qui décide quoi<sup class="footnote">8,9</sup>.</p>
</blockquote>
<p>Plus grave, on a établi cet édifice sur les prémisses erronées que les organismes transgéniques ne seraient pas différents des produits agricoles et alimentaires conventionnels<sup class="footnote">10</sup>.</p>
<p>En réalité, pour produire des aliments transgéniques, les chercheurs prélèvent des gènes d’organismes vivants, comestibles ou non, afin de les introduire dans un autre organisme dont ils modifient le patrimoine génétique d’une façon impossible par voie sexuée. Ce procédé élimine des protéines de base, en rajoute d’autres, altère le génome de façon plus ou moins prévisible. Or, du moment que les gènes nouveaux ou modifiés proviennent d’un aliment reconnu, l’Etat fédéral applique les textes en vigueur sur les additifs naturels. C’est ainsi que l’administration, dans la plupart des cas, n’est tenue à aucune précaution lors de l’évaluation des <span class="caps">OGM</span>, considérés sans danger jusqu’à preuve du contraire.</p>
<blockquote>
<p class="quote">Jusqu’en 1994, l’incapacité du gouvernement à établir des règles de sécurité pour les bio-manipulations apparaît manifeste.</p>
</blockquote>
<p>Une association de chercheurs, l’<span class="caps">UCS</span> (Union of Concerned Scientists), qui surveille l’industrie et la réglementation souligne les lacunes du soit disant “cadre juridique<sup class="footnote">11</sup> qui”, déclare-t-elle en février 1994 “ne jouit pas de l’autorité statutaire nécessaire pour superviser l’ensemble des produits et activités du génie génétique. Là où une telle autorité existe, se pose la question du respect des directives et règlements”. Par exemple, une directive de 1992 de la <span class="caps">FDA</span> permet aux sociétés de mettre sur le marché des aliments transgéniques sans essais d’innocuité, ni autorisation<sup class="footnote">12</sup>. La pertinence de l’intervention de l’administration avant la commercialisation d’un produit reste à la discrétion de la société qui expose son dossier “en audience privée”, à moins qu’elle ne juge elle-même qu’il pose “un nombre suffisant de questions de sécurité<sup class="footnote">13, 14</sup>”.</p>
<blockquote>
<p class="quote">Dans l’agro-industrie, le détournement du peu de lois existantes par des sociétés telles que Monsanto est un exercice courant.</p>
</blockquote>
<p>Les agences fédérales établissent les normes à partir des données mêmes des entreprises qui souhaitent mettre un produit sur le marché. La recherche des effets à long terme sur la santé n’est pas systématique. Plusieurs sociétés, au fil des ans, ont falsifié ou dissimulé des travaux ou des résultats, de sorte que leur produit apparaisse inoffensif. <span class="caps">L’E</span>tat fédéral protégeant ces renseignements comme secrets industriels, il est impossible aux citoyens de les examiner. Ainsi des agences fédérales défendent-elles quelques intérêts mercantiles, bafouant le droit de tous à la santé et à la préservation de l’environnement.</p>
<h2>La législation dévoyée</h2>
<p>Le laxisme juridique en matière de manipulations génétiques continue de servir les majors de l’agro-industrie et de la biotechnologie, mais au fil de son essor, cette corporation s’est livrée, en certaines circonstances, à d’ironiques volte-face pour réclamer… un contrôle plus strict.</p>
<p>Depuis le début, les petites équipes, profitant de l’incurie réglementaire, développent et commercialisent des produits transgéniques à un rythme soutenu. Les grands groupes comme Monsanto ou Ciba-Geigy, absorbent ces petites sociétés l’une après l’autre et développent à grands frais leurs propres secteurs de recherche et marketing. Les géants de la bio-industrie en sont ainsi venus à dominer le marché des aliments transgéniques, renforçant leur emprise sur l’alimentation mondiale.</p>
<blockquote>
<p class="quote">Forts de leur position, ces groupes ont réellement encouragé l’élaboration de règles en apparence sévères, mais quand cela les arrangeait.</p>
</blockquote>
<p>L’exigence d’une pléthore de données scientifiques coûteuses élimine de la compétition les laboratoires ou les semenciers plus modestes, en produisant dans l’opinion l’illusion que les <span class="caps">OGM</span> sont soumis à des tests rigoureux qui en garantissent l’innocuité. En 1995, par exemple, Monsanto a fait campagne contre une provision du budget de l’<span class="caps">EPA</span>, qui ôtait à l’agence le pouvoir de réglementer les plantes transgéniques contenant des toxines de la bactérie Bacillus Thuringiensis (Bt)<sup class="footnote">15</sup>. Les aliments transgéniques venaient juste d’arriver dans les supermarchés. Monsanto savait bien que n’importe quelle intervention de l’<span class="caps">EPA</span> laissant croire qu’on surveillait les manipulations génétiques découragerait la contestation écologiste. De plus, la mise sur le marché des produits transgénique Bt serait soumise à un parcours d’obstacles que seules de riches entreprises pourraient franchir. Les données qu’elles seules auraient fournies seraient plus facilement manipulées pour satisfaire aux évaluations de l’<span class="caps">EPA</span>. Sans concurrence, le marché allait leur appartenir.</p>
<h2>Les scandales de la <span class="caps">FDA</span> et des vases communicants</h2>
<p>L’histoire du premier produit transgénique commercialisé est exemplaire de la façon dont les <span class="caps">OGM</span>, bien que redoutables, ont été banalisés aux Etats-Unis. Il s’agit de l’hormone de croissance bovine recombinante (<span class="caps">HCB</span>r) de Monsanto. Des études indiquent un effet cancérigène chez les humains et pathogène chez les vaches, notamment des infections mammaires et des troubles de la reproduction. Scandales et protestations ont accompagné l’élaboration et l’autorisation de l’hormone transgénique. Pourtant, un savant dosage de soutien gouvernemental, de science industrielle, et de relations publiques grassement financées, a fait le lit de la dissémination générale d’un premier <span class="caps">OGM</span> dans la nourriture de la nation américaine.</p>
<p>À chaque étape du parcours, développement, évaluation, autorisation et commercialisation de la <span class="caps">HCB</span>r, la <span class="caps">FDA</span> et Monsanto ont joué un jeu qui exposait le public à tous les dangers. Toutes les deux ont caché des informations vitales sur les effets nocifs du produit, dissimulé qu’elles étaient juge et partie, bâillonné ceux qui posaient des questions trop pertinentes ou faisaient connaître la vérité. La <span class="caps">FDA</span> a déclaré le lait enrichi à la <span class="caps">HCB</span>r sans danger avant même de disposer d’importants résultats des recherches sur son innocuité<sup class="footnote">16</sup>. Quand il est apparu que la présence de l’<span class="caps">HCB</span>r dans le lait<sup class="footnote">17</sup> augmentait le taux d’<span class="caps">IGF</span>-1, un facteur de croissance similaire à l’insuline, soupçonné d’être cancérigène<sup class="footnote">18</sup>, l’administration était déjà trop compromise pour changer d’avis ou poser de nouvelles questions sur les effets de l’hormone chez l’homme. Pour justifier sa décision, qui datait de plusieurs années, la <span class="caps">FDA</span> s’est appuyée presque exclusivement sur les données de Monsanto, très critiquées dans le milieu de la recherche publique, où nombre de scientifiques ont souligné, en vain, la nécessité d’études plus vastes et à long terme.</p>
<p>En 1991, un chercheur de l’Université d’Etat du Vermont (<span class="caps">UVM</span>), où Monsanto a investi un demi-million de dollars en travaux sur l’<span class="caps">HCB</span>r, ébruite l’état alarmant des vaches soumises au traitement, qui souffrent de mastites et mettent au monde des veaux malformés<sup class="footnote">19</sup>. Le directeur des recherches avait déjà distribué à la presse et aux législateurs de l’Etat un rapport préliminaire montrant que l’<span class="caps">HCB</span>r n’avait aucune incidence sur la santé des vaches<sup class="footnote">20</sup>. L’office fédéral de vérification, le General Accounting Office (<span class="caps">GAO</span>), ouvre alors une enquête. La <span class="caps">FDA</span> rechigne à lui remettre les rapports d’expériences de Monsanto<sup class="footnote">21</sup> ; d’autres données cruciales lui sont refusées par l’<span class="caps">UVM</span>, et la société<sup class="footnote">22</sup>. Réalisant que celle-ci a eu tout le temps de maquiller les résultats douteux, le <span class="caps">GAO</span> laisse tomber cette investigation sans espoir. Des années plus tard, l’<span class="caps">UVM</span> publiera des études, dans un effort de transparence destiné à rassurer l’opinion. Et en effet l’<span class="caps">HCB</span>r s’y révèle pathogène pour les animaux<sup class="footnote">23</sup>.</p>
<blockquote>
<p class="quote">À l’intérieur même de la <span class="caps">FDA</span>, des voix se sont élevées contre le laxisme dans l’évaluation de l’hormone recombinante.</p>
</blockquote>
<p>L’agence les a ignorées. Elle a renvoyé un de ses cadres, qui avait levé le voile sur la corruption des procédures d’autorisation de produits pharmaceutiques. Richard Burroughs du Centre des sciences vétérinaires de la <span class="caps">FDA</span>, a été chargé des dossiers d’autorisation de mise sur le marché, de 1979 jusqu’à son licenciement en 1989<sup class="footnote">24</sup>. En 1985, M. Burroughs a dirigé les recherches sur l’<span class="caps">HCB</span>r dont il s’est occupé durant presque cinq ans. C’est lui qui a rédigé les protocoles de recherches relatives à la sécurité des animaux, et qui a revu les données que les exploitants de l’<span class="caps">HCB</span>r, y compris Monsanto, soumettaient à la <span class="caps">FDA</span>. En 1991, M. Burroughs a décrit au magazine gastronomique Eating well, le vent de changement qui soufflait à la <span class="caps">FDA</span> au milieu des années 80 : “C’était comme une mode, approuver à tout prix. On est passé d’une ambiance un peu universitaire de recherche indépendante à l’idée fixe : approuver, approuver, approuver<sup class="footnote">25</sup>”. C’est dans cette atmosphère qu’ont été analysées les données sur l’<span class="caps">HCB</span>r. Selon M. Burroughs, la <span class="caps">FDA</span> n’y était pas du tout préparée. Ce premier produit transgénique pour animaux soumis à son approbation dépassait les compétences de la plupart des employés. Plutôt que de l’admettre, la <span class="caps">FDA</span> a “couvert des études et des décisions absurdes” ; les fonctionnaires “ont supprimé ou truqué les données pour cacher leur propre ignorance<sup class="footnote">26</sup>”.</p>
<p>M. Burroughs lui-même a affronté les délégués des grandes sociétés qui plaidaient pour l’adoucissement des protocoles des essais sur la sécurité. Il a vu disparaître les vaches malades des statistiques, et diverses manipulations visant à supprimer les problèmes de santé et de sécurité. Selon lui les données non retouchées sur l’<span class="caps">HCB</span>r entassées dans les placards de l’agence et protégées par le secret industriel composent un tout autre tableau. M. Burroughs récuse cette administration indulgente qui a trahi sa mission de garante de la santé publique pour protéger des intérêts privés. Il a critiqué la <span class="caps">FDA</span> et la procédure d’approbation de l’<span class="caps">HBC</span>r, devant des enquêteurs du Congrès, devant les assemblées législatives de divers Etats, devant la presse<sup class="footnote">27</sup>. Il a rejeté, au nom de la <span class="caps">FDA</span>, des recherches menées par l’industrie, qu’il jugeait incomplètes. Ses supérieurs lui ont interdit l’accès à des données sur l’<span class="caps">HCB</span>r et divers problèmes de santé. Après huit années de félicitations, il a commencé à recevoir des blâmes, entièrement fabriqués, dit-il. Enfin, en novembre 1989, on l’a licencié pour “incompétence”.</p>
<p>Non seulement la <span class="caps">FDA</span> n’a pas pris les mesures qui s’imposaient devant les preuves que l’<span class="caps">HCB</span>r constituait un danger, mais elle a promu le produit Monsanto, avant l’autorisation et après.</p>
<blockquote>
<p class="quote">Ce faisant elle jouait un double jeu : avocat et juge des aliments transgéniques.</p>
</blockquote>
<p>Michael Hanson, de l’Union des consommateurs (<span class="caps">CU</span>), note que la <span class="caps">FDA</span> a défendu l’<span class="caps">HCB</span>r dans ses communiqués de presse, ses déclarations et sa publication, le <span class="caps">FDA</span> Consumer<sup class="footnote">28</sup>. D’autres exemples existent de ce double rôle. En 1990, deux chercheurs de la <span class="caps">FDA</span>, désireux semble-t-il de dompter la contestation contre l’<span class="caps">HCB</span>r, publient dans Science des résultats de l’industrie et de chercheurs “indépendants”, montrant que l’hormone est inoffensive pour les consommateurs. Gerald Guest, directeur du Centre de médecine vétérinaire de la <span class="caps">FDA</span> déclare à la revue : “Nous voudrions faire connaître notre version de l’affaire pour montrer notre confiance dans la sécurité du produit. Nous souhaiterions que le public sache que notre décision est mûrement réfléchie, que les faits soient connus et crédibles.” Peut-être M. Guest prend-il ses désirs pour des réalités. Le professeur Samuel Epstein critiquera “cette retape de la <span class="caps">FDA</span> en faveur d’un traitement pour animaux qui n’a pas encore été autorisé<sup class="footnote">29</sup>”. Il ne sera pas le seul à relever que l’agence publie des extraits d’études inédites dans Science, sans oser soumettre l’ensemble des travaux à la libre appréciation des chercheurs<sup class="footnote">30</sup>.</p>
<p>Etant donnés les liens de la <span class="caps">FDA</span> et de Monsanto, on comprend que l’agence soutienne l’hormone artificielle<sup class="footnote">31,32</sup>. C’est Michael R. Taylor, commissaire adjoint à la politique de l’agence, qui a rédigé la directive d’étiquetage de l’<span class="caps">HCB</span>r, présentée en 1994. Il y est pratiquement interdit d’établir une vraie distinction entre les produits laitiers contenant l’hormone transgénique et les autres. Afin de ne pas “stigmatiser” le lait à l’<span class="caps">HCB</span>r, la <span class="caps">FDA</span> exige que les étiquettes des produits qui n’en contiennent pas précisent que l’<span class="caps">HCB</span>r est identique à l’hormone naturelle. En mars de la même année, on apprend que Taylor avait été employé par Monsanto pendant sept ans comme juriste. Il y avait étudié la constitutionnalité de lois votées par des Etats sur l’étiquetage des produits laitiers à l’<span class="caps">HCB</span>r. En d’autres termes, il avait recherché les arguments qui permettraient à Monsanto de poursuivre en justice les Etats ou les laiteries qui s’aviseraient de vouloir informer le public de l’absence d’hormones transgéniques dans leurs produits.</p>
<blockquote>
<p class="quote">Taylor n’est pas le seul haut fonctionnaire de la <span class="caps">FDA</span> à avoir été employé par Monsanto.</p>
</blockquote>
<p>Margaret Miller, directrice adjointe du Bureau des nouveaux médicaments vétérinaires était jusqu’en 1989 l’un des chercheurs de l’équipe Monsanto affectés aux essais sur la sécurité de l’<span class="caps">HCB</span>r. Suzanne Sechen a travaillé à l’évaluation de l’<span class="caps">HCB</span>r dans le même bureau de la <span class="caps">FDA</span> de 1988 à 1990. Au cours de ses études supérieures à l’université Cornell, ses travaux sur l’<span class="caps">HCB</span>r ont été financés par Monsanto. Son professeur était l’un des conseillers universitaires de l’entreprise et un apôtre déclaré de l’<span class="caps">HCB</span>r. Bizarrement, le <span class="caps">GAO</span>, en 1994, n’a vu aucun inconvénient à ces collaborations antérieures de fonctionnaires de la <span class="caps">FDA</span> avec Monsanto. Mais ceux qui s’interrogent sur les dangers du génie génétique pour la santé et l’environnement prennent très au sérieux le système de vases communicants établi entre l’industrie et les agences fédérales chargées de rédiger les règlements.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Quand la végétation spontanée se réapproprie le tissu urbain</title>
		<link>https://antipolis.info/quand-la-vegetation-spontanee-se-reapproprie-le-tissu-urbain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claudio Brenni]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2020 15:05:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Par défaut]]></category>
		<category><![CDATA[ghost town]]></category>
		<category><![CDATA[végétation spontanée]]></category>
		<category><![CDATA[ville fantôme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>antipolis : Depuis plusieurs années, vous étudiez les enjeux des friches sur la biodiversité urbaine, qu’est-ce qui vous a amené à étudier ce sujet ? Sébastien Bonthoux : Je suis écologue du paysage. Initialement, je m’intéressais aux paysages agricoles et aux effets de leurs évolutions sur la biodiversité, essentiellement sur les communautés d’oiseaux. Depuis que [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>antipolis : Depuis plusieurs années, vous étudiez les enjeux des friches sur la biodiversité urbaine, qu’est-ce qui vous a amené à étudier ce sujet ?</strong></p>
<p>Sébastien Bonthoux : Je suis écologue du paysage. Initialement, je m’intéressais aux paysages agricoles et aux effets de leurs évolutions sur la biodiversité, essentiellement sur les communautés d’oiseaux. Depuis que je suis arrivé à l’Ecole de la Nature et du Paysage et que j’enseigne auprès de paysagistes concepteurs, je me suis progressivement intéressé à la place de la nature en ville. Cette nature peut prendre des aspects très différents allant de la pelouse très régulièrement tondue aux espaces beaucoup plus spontanés comme les friches. En tant qu’écologue, ce sont ces derniers qui m’intéressent.</p>
<p><strong>Pourriez-vous nous expliquer quel est le rôle joué par la biodiversité dans un écosystème urbain ?</strong></p>
<p>Les fonctions écologiques urbaines sont très diverses et portent, comme dans d’autres espaces, sur les interactions que les espèces vivent entre elles et avec leur milieu. Les rôles joués dans l’écosystème urbain par les espèces sont très différents en fonction de leurs caractéristiques biologiques et de leur place dans le réseau trophique.</p>
<p>Si on adopte une vision plus anthropocentrée, la biodiversité urbaine peut avoir un rôle de régulation par exemple en limitant les îlots de chaleur avec la végétation ou en absorbant les eaux pluviales avec les zones de pleine terre. Elle peut également être source de bien-être, de repos, de fascination et de création au milieu des vies citadines souvent agitées.</p>
<p><strong>Il semble évident que l&rsquo;urbanisation menace la biodiversité, serait-il possible qu’elle contribue à sa préservation ?</strong></p>
<p>Oui, l’urbanisation en imperméabilisant les sols, en modifiant la qualité des habitats écologiques et en les fragmentant a un impact très important sur la biodiversité. La ville n’est cependant pas déserte, et certaines espèces végétales et animales sont bien adaptées aux conditions urbaines. Le problème est qu’une grande partie de ces espèces sont des généralistes, c’est-à-dire des espèces que l’on retrouve partout et dans de nombreuses villes. En écologie, on a coutume de parler d’homogénéisation biotique.</p>
<p>Cependant, avec l’intensification des contextes agricoles, la ville devient dans certaines régions un refuge pour la biodiversité. La ville ne doit cependant pas être vue comme une référence en termes de diversité du vivant, et ne peut remplacer la qualité de milieux plus naturels.</p>
<p><strong>Dans vos travaux, vous soulignez l&rsquo;importance des espaces délaissés pour soutenir la biodiversité urbaine, pourriez-vous nous expliquer de quels types d&rsquo;espaces il s&rsquo;agit ?</strong></p>
<p>Le terme « espace délaissé » est souvent connoté négativement, je préfère parler d’espace spontané ou en libre évolution pour plutôt se focaliser sur la dynamique du vivant. Laisser un espace évoluer librement est à voir comme un choix de promouvoir la biodiversité et non comme un manque de gestion. Ces espaces peuvent prendre des formes très différentes, allant de la fissure de trottoir jusqu’à des grandes parcelles de friches ou même des bois urbains.</p>
<p><strong>Pourquoi un espace en friche en plein milieu urbain est favorable à la biodiversité ?</strong></p>
<p>Ces habitats urbains sont souvent les plus riches écologiquement pour deux raisons. A l’échelle de la friche, la très faible fréquence de gestion diminue les perturbations et favorise les cycles de vie des espèces. Par ailleurs, ces espaces spontanés ont des histoires et des sols associés très différents (par exemple une parcelle anciennement bâtie avec des remblais ou une ancienne terre agricole imbriquée dans la matrice urbaine). Cette diversité de conditions environnementales des friches permet à une large diversité d’espèces de coexister à l’échelle de la ville.</p>
<p><strong>Comment s’amorce et évolue la reconquête d&rsquo;un espace délaissé par la végétation ?</strong></p>
<p>Les vitesses d’établissement des différents stades de successions végétales, de la pelouse à la forêt, seront très différentes en fonction du type de sol. Dans certains espaces, les sols sont tellement compacts ou peu fertiles que la dynamique sera bloquée au stade pelouse. Au contraire, si on est sur d’anciennes terres « naturelles » ou agricoles, en quelques années des arbustes peuvent vite se développer.</p>
<p><strong>Ces espaces ont-ils un impact positif sur la faune ?</strong></p>
<p>Oui, tout à fait. La faible perturbation de ces espaces est intéressante pour la faune. La hauteur, la densité et la composition de la végétation sont des facteurs déterminants pour la faune en agissant sur la disponibilité en refuges, en sites de nidification et en ressources alimentaires. Certaines espèces, notamment d’insectes, apprécient les espaces ouverts et secs alors que d’autres sont favorisées par des habitats plus denses et humides. C’est pour cela qu’à l’échelle de la ville, une diversité de types de structure de végétation peut favoriser une diversité d’espèces.</p>
<p><strong>Qu’en est-il des espèces exotiques invasives ?</strong></p>
<p>Dans nos travaux, nous n’avons pas trouvé une grande quantité d’espèces invasives dans les friches. À noter que les espèces invasives n’ont pas toutes les mêmes capacités de dispersion ni les mêmes impacts sur les communautés indigènes, il importe donc de ne pas trop vite généraliser sur les problèmes causés. Pour anticiper les problèmes, je conseillerais de régulièrement visiter ces espaces spontanés pour évaluer si des espèces invasives problématiques se sont installées et s’il est nécessaire d’intervenir.</p>
<p><strong>À votre avis, faudrait-il donc prévoir des espaces de friches dans la planification urbaine ?</strong></p>
<p>Oui ! Pour autant, l’idée n’est pas de figer la dynamique urbaine. Ces friches peuvent être pensées à deux échelles temporelles, dans des espaces pérennes (parcs, jardins) en limitant la gestion dans certains secteurs mais aussi dans des secteurs vacants, encore non construits ou démolis. Ces espaces peuvent être vus comme transitoires, profitant à la biodiversité, mais aussi à des usages récréatifs, notamment pour les promeneurs ou les enfants.</p>
<p><strong>Pouvez-vous nous dire quel regard portent généralement les pouvoirs publics et les citadin-e-s sur ces espaces ?</strong></p>
<p>Dans nos travaux sur la végétation spontanée des friches, des trottoirs et des bords de Loire à Blois, nous montrons que contrairement aux idées reçues les citadins ne rejettent pas la végétation spontanée, voir ils l’apprécient. Les quelques plaintes reçus par les gestionnaires ne doivent pas faire oublier que les personnes en faveur ou sans position vis-à-vis de la végétation spontanée sont nombreuses, bien qu’elles ne s’expriment généralement pas. Par ailleurs, communiquer sur l’intérêt de ces espaces et les aménager légèrement (chemins, bancs) de telle sorte qu’ils soient facilement praticables et vivables permet aussi d’améliorer leur niveau d’appréciation. Ces résultats commencent à être entendus par les décideurs et les gestionnaires, même si la culture de la gestion est encore bien ancrée dans les têtes et les comportements.</p>
<p><strong>Quels sont les enjeux lorsque l’on repère un espace en friche accueillant une biodiversité importante ?</strong></p>
<p>L’enjeu principal est de communiquer dessus pour le mettre en valeur. En ville, on ne va pas faire de réserves naturelles, l’objectif est de trouver des moyens pour faire cohabiter les humains et les autres êtres vivants. Le changement de regard des citadins sur le vivant ne passera que par une meilleure connaissance et une plus grande expérience directe et sensible de cette nature spontanée.</p>
<p><strong>Y a-t-il des politiques menées en ce sens en France ou en Europe ?</strong></p>
<p>Avec la mise en place progressive des plans de gestion différenciée des espaces dans les collectivités, il va être possible de donner plus de place à la libre évolution dans certains endroits. Par ailleurs, certaines villes (par exemple Lille) et certains concepteurs (notamment des paysagistes) réfléchissent à ne pas faire table rase du sol et de la végétation en place lors d’opérations d’urbanisme.</p>
<p><strong>Dans le cadre de vos recherches, vous suggérez plusieurs pistes à explorer pour mieux comprendre l’impact et le rôle des friches sur la biodiversité, pouvez-vous nous les présenter ?</strong></p>
<p>D’un point de vue écologique nous avons maintenant une assez bonne vue globale des espèces pouvant être présentes dans les friches. Cependant, les friches étant par définition des habitats très dynamiques dans le temps, la manière dont les interactions entre les conditions environnementales, les végétaux et les animaux évoluent est moins claire. Un champ de recherche important reste sur les leviers psychologiques, techniques et réglementaires à trouver pour intégrer les friches et plus globalement les espaces de nature spontanée dans les stratégies de planification urbaine.</p>
<p><strong>Dans vos recherches, vous mentionnez des « techniques de restauration » des friches, pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?</strong></p>
<p>L’intervention n’est pas toujours nécessaire. Si l’on part d’un ancien terrain agricole avec une terre fertile, la végétation se développera spontanément et assez rapidement. Par ailleurs, si l’on accepte l’idée d’une friche herbacée basse et peu évolutive, il ne sera pas nécessaire de beaucoup intervenir sur des espaces de sols de remblais compacts.</p>
<p>Des actions peuvent être mises en place quand les conditions environnementales ne sont pas satisfaisantes par rapport au type d’espace souhaité. Par exemple un sol très compact devra être travaillé, voire fertilisé si l’on souhaite une évolution arbustive de l’espace. Des semis de graines sont parfois effectués si certaines compositions floristiques sont souhaitées. Des actions de gestion peuvent être aussi réalisées ponctuellement pour gérer des plantes invasives indésirables. Mais l’intervention n’est pas toujours nécessaire et ne doit pas être systémique, sinon elle va à l’encontre de l’idée de libre évolution du vivant.</p>
<p>Dans tous les cas, des actions de communication sur les objectifs des lieux sont nécessaires auprès de la population.</p>
<p><strong>Comment voyez-vous l’avenir des friches dans les espaces urbains, sachant que certaines villes ont fait le choix de la densification pour compenser l’étalement urbain ?</strong></p>
<p>Au premier abord, on peut voir une certaine contradiction entre densification urbaine et place pour la nature en ville. Pour autant, cette densification est nécessaire et peut prendre plusieurs formes. Le développement de petits logements collectifs laissant de la place pour des espaces extérieurs de pleine terre et gérés de manière extensive peut être une alternative pour concilier l’habitat des humains et celui des autres êtres vivants.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Sebastien Bonthoux</strong></p>
<p>Écologue du paysage, Maître de conférence à l&rsquo;Ecole de la nature et du paysage, Institut national des sciences appliquées, Centre Val de Loire</p>
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